mercredi 19 janvier 2011

Mes petites ailes


Comprendre un sentiment… Ou plutôt arriver à vivre pleinement un événement déjà passé. Arriver à savoir ce que l’on a pensé, ressenti, souffert… Mettre des mots sur un acte qui dans notre tête portait un autre nom. Ou tout du moins qui dans notre tête n’existait même pas…

Une grosse douleur devient innommable quand on arrive même plus à trouver ces contours. Le corps entier devient un champ ruiné.

Ce jour-là, Elle voletait comme une petite hirondelle insouciante (ou presque), et Elle a raconté… Elle a raconté ce que l’on nomme communément une « tournante ». En y réfléchissant, ce mot est presque malvenus pour définir un tel acte. Un mot presque gentil, commun pour parler de l’horreur. Seulement, pour Elle, jusqu’à maintenant, ça n’avait été qu’une sorte de parenthèse dans sa vie. Un étrange moment ou Elle s’est retrouvée coincée dans une cave, dans le noir avec 6 mecs. Un arrêt d’un temps indéterminé où on a fait du mal à ce qu’Elle considérait comme son cadavre. Cependant, jusqu’à ce jour où Elle en a parlé, ou Elle a écrit son histoire et qu’Elle a eu des réponses comme quoi « ça » n’était pas normal, Elle n’avait pas compris. Elle prenait ça par-dessus la jambe. Elle se voilait la face. Et là, Elle sait. Elle sait, qu’ils n’avaient pas le droit. Elle sait enfin, qu’Elle a vraiment souffert… dans cette cave.

Maintenant, Elle sait… et surtout Elle ressent…

Cet instant rouge comme le sang, blanc comme le néant, noir comme ses idées. Cet instant où son cadavre s’est relevé, sans plus rien pouvoir sentir, sans plus comprendre ce que ça signifiait de le toucher avec douceur et gentillesse. Ce jour de sa vie où le mot « respect » s’est définitivement fait la malle de son existence.

A retardement, 9 ans plus tard, Elle comprend que son être s’est disloqué ici. Elle se revoit, le corps pantelant, le cerveau vide et le cœur éteint. Elle était une petite flamme qui vivotait encore comme elle pouvait dans le vent après le viol, et là par contre, une grosse bourrasque l’a soufflée. La petite flamme n’était plus…

Ça ne fait pas moins mal, de comprendre plus tard. Ça met juste en rage de voir que même le souvenir, ils lui ont volé. Cette douleur était à Elle, bien non, même ça, ils lui ont pris sauvagement. Aujourd’hui, ce serait trop de dire que c’est un bonheur de pouvoir se l’a réappropriée, mais mine de rien, il n’en reste pas moins que c’est une partie d’Elle qui lui est rendue.

Alors Elle prend sa douleur avec ses ailes brisées, et Elle l’a range correctement. Elle tente de vivre avec puisqu’il ne lui reste plus que ça à faire.

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