samedi 14 mai 2011

L'avant mais, surtout, l'après...


 Quand je suis fatiguée des sortes d’’ éclairs de souvenir » reviennent. Des sensations, des impressions. La mémoire du corps que j’ai tant voulu annihiler. La première image est toujours la même : le mur de briques grises qui se rapproche aux ralentis de mon visage. Puis, ma joue qui s’écrase dessus, mon œil qui se ferme en même temps par automatisme. Mais ma paupière « gratte » douloureusement à chaque soubresaut de mon corps. Je sens l’odeur du mur. J’ai l’impression que le froid qui est prisonnier à l’intérieur a une odeur caractéristique. À partir de cet instant, je vais connaître la douleur permanente. Je sais combien de temps tout cela a duré, à ce moment-là, je portais une montre et étais obsédée par l’heure. Mais, j’ai fait en sorte de l’oublier. Je ne pouvais et ne voulais plus m’extasier sur le temps qui passerait si jamais je ressortais de tout cela vivante.

Vivante étant un bien grand mot. Il y a tellement de choses qui ne semblent plus naturelles. Des actes, des façons de se tenir, des relations que je passe mon temps à recadrer dans ma tête pour que « ça » colle à la réalité de tout un chacun. J’ai tellement l’impression d’être une sorte de monstruosité qui ne peut plus rien comprendre, qui se méfie de tout, qui ne comprend pas les choses à leur juste valeur. Comme si un autre langage, un autre monde n’existait que pour moi… Je ne veux pas devenir une blasée qui pense que la Terre est peuplée de méchantes gens qui ne lui veulent que du mal. Mais, pourtant, ça fait une douleur si profonde et si tranchante quand je me rends compte que je n’avais pas compris les véritables intentions pas très gentilles…
Il est si difficile de prendre conscience que pour un seul et même acte la façon de l’accueillir va être différente selon la dose de venin que j’ai dans mes veines. Notamment pour les câlins. Être dans les bras de quelqu’un c’est si agréable… Et pourtant, parfois, lorsque je n’y pense pas, ou plus exactement, quand les câlins n’existent même plus pour moi et que cela devient juste une notion abstraite, rien que d’en parler, je prends cela comme une sorte d’agression. D’un seul coup, cela se transforme dans ma tête en obligation que l’on tente de m’imposer. Tout de suite, cela sonne en moi comme une sorte d’appropriation éhontée de ma personne. Genre : « ha ouais, il n’y a que ça qui l’intéresse chez moi ! ». Je deviens incapable de ne pas sexualiser cela et de le voir, à juste titre, comme simplement une marque de tendresse.

Quant à faire l’amour, au final, je crois que l’éloignement des corps trop longtemps me fait peur. J’ai le souvenir aigre des mecs avec leurs doigts qui s’enfoncent dans ma chaire au niveau de la taille ou sur les poignets pour m’empêcher de bouger. Leur souffle près de mon oreille et juste leur sexe planté en moi. Rien d’autre. Comme s’ils n’avaient que des mains et un sexe… Je ne dis pas que j’aurais voulu sentir leur corps contre le mien, loin de moi cette idée, mais ça a donné un aspect particulier au rapport. Alors maintenant, je ressens une sorte de vague de panique quand le corps de l’autre tout entier n’est pas contre moi. J’aime cette sensation d’être ensevelie sous le corps de l’autre. Là au moins, ça n’est pas une « technique » pour me maintenir en place. Et puis, si je veux réellement voir la vérité en face, quand l’autre est écroulé sur vous, il lui est quelque peu impossible de faire quoi que ce soit de dangereux ou de blessant sur vous… L’autre devient aussi « coincé » que moi, il devient aussi inoffensif que moi. Ça me rend vraiment malheureuse de constater que même dans des moments pareils mes peurs que souvent, je ne sais pas analyser ou même reconnaître, soient toujours aussi présentes. Je n’aime pas cette espèce d’œil calculateur que je peux avoir.

C’est effrayant de constater à quel point un autre être humain peut vous bouleverser vos perceptions de la vie. 


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