lundi 16 mai 2011

Le viol en réunion.

 L'enfer m'a frappé de plein fouet. Après le premier viol, je me suis retrouvé dans ce que l'on appel une tournante ou "viol en réunion". Rien que les termes sont barbares. Surtout pour le deuxième. "En réunion"... Sans blaguer, direct ça fait penser au troupeau de mecs en costards-cravates autour d'une table ovale avec une nana en tailleur et talon haut en train de leur distribuer du café avec des petits gâteaux. En même temps, vous me direz, dans les deux cas la fille est représentative de la servitude.

Donc, ici, pas de mecs déguisés en pingouins, mais une bande de jeunes la testostérone jusqu'au yeux. Ils étaient 6... Comment ne pas avoir peur après, des "bandes" ? J'ai eu le droit au stéréotype complet : les pseudos "jeunes délinquants" et la cave froide et noire. Je n'ai rien pu voir. Comme dans le jeu "1,2,3 soleil", tous le monde arrêtait tout dès que la minuterie se déclenchait. Mine de rien, la nuit fait moins peur. Même si le stress est immense de ne pas savoir,  mais, ça semble moins sordide.
A 18 ans, pour la première fois de ma vie, il a fallu m'acheter une veilleuse. Pour ceux qui ne le savent pas, l'intensité de la lumière est différente selon l'âge du bébé. Je me suis effondrée en pleurs quand la charmante vendeuse à demandé. Je ne savais pas. Je ne savais pas si une simple petite lueur me suffirait. Et j'avais honte... Une telle honte si tenace.

Je n'ai jamais connu les frayeurs enfantines des monstres sous le lit. Mais, là je rentrais dans le monde des vraies frayeurs qui existent belles et bien. Dans mon imaginaire, avant, il n'existait pas de passage ou d'un coup un paquet de mecs vous refilent négligemment au suivant. Je ne pensais pas que les hommes pouvaient copuler comme cela aussi facilement et sans honte les uns auprès des autres. Leur indécence est devenu MON indécence. J'entends encore leurs gémissements de gorets. Après, je me suis demandé comment ils faisaient pour ne pas se foutre de leurs gueules mutuellement...
La déshumanisation que l'on peut ressentir dans un tel moment est si intense, si irréelle, qu'elle pousse à rester figée dans son corps, mais aussi dans sa tête.
Je me souviens d'avoir souris, et ce souvenir me recouvrais de honte. J'ai appris bien après que le "sourire" peut-être une simple contraction des muscles lors d'une douleur intense. Je commence mon rude et long chemin de déculpabilisation. Par contre, la peur, je ne réussi toujours pas à la comprendre. Ce qui fait qu'elle me semble diffuse, comme si elle s'insinuait dans chacun des pores de ma peau. Il y a eu aussi sur place, ce sentiment d'étouffement. Être entourée de tant de corps qui sont si proche de vous et qui font tout pour vous maintenir en place, ça donne la sensation d'être enterrée vivante. Tout ce qu'il s'est passé pendant a été tellement affreux que je ne m'en souvient pas bien. J'ai seulement des bribes de souvenirs qui viennent me harceler. Par contre, l'après, là c'est traumatisant. Tout le monde se relève, se rhabille et part. Pas un regard, pas un mot pour le tas par terre recroquevillé. Déjà, pendant, vous n'êtes rien. Après, c'est pire. Vous n'existez plus à leurs yeux...

Si pour eux vous cessez ainsi d'exister,  dans votre tête un amalgame se fait --> vous n'existerez plus jamais pour personne. Vous ne savez plus ce que c'est que d'avoir de l'importance dans le regard des gens. Alors après, vous acceptez tout parce qu'il est normal qu'on ne fasse pas attention à vous. Vous ne le méritez pas. Pire, vous ne le méritez plus.

Apprendre à redevenir humaine au yeux du monde et un long et périlleux chemin. Les chutes sont nombreuses et douloureuses, mais, un jour, peut-être, elles n'existeront plus...

 

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
Je viens de lire ton article,depuis de nombreuses années, je me débats avec une première expérience sexuelle que je qualifierais de "désastreuse" et ton récit ravive les démons qui ne m'ont jamais quitté, je te souhaites d'avoir une vie digne de ce nom et comme tu le dis de retrouver une identité face à la vie.
Bien sincèrement.

Miska a dit…

Bonjour !

Tout d'abord, merci beaucoup pour ce message qui me touche énormément.
Ton expérience a l'air effectivement très douloureuse. J'espère que toi aussi tu réussiras à trouver une certaine paix intérieure.
Si jamais tu veux un peu me parler de ton histoire (parfois c'est plus facile de se libérer avec une inconnue qui connait plus ou moins la situation) je te laisse mon adresse mail : petitenebuleuse@gmail.com
Tu en fais ce que tu veux, mais saches que ça ne me dérangera pas.

Peut-être à bientôt...

Dunno a dit…

Je viens de me prendre un claque en lisant ton article. Hier j'ai pondu un article "j'aime pas les réunions" et en lisant le tien, je me suis pris l'autre définition du mot "réunion" en pleine tronche.
Je peux pas savoir ni imaginer ce que tu as vécu. Ca me touche, j'ai mal pour toi alors que je ne te connais pas en personne.
J'ai juste envie de t'embrasser et de t'encourager.
A bientôt.

Miska a dit…

Dunno, ta compassion à travers tes mots me soulage beaucoup surtout du fait que l'on ne se connaisse pas vraiment.
Chaque élan de gentillesse, c'est un petit pansement qui vient soigner l'un de mes multiples bleus.

Anonyme a dit…

Je te comprends même si je n'ai pas vécu la même chose que toi mais les conséquences sont les mêmes. Ta situation est peut-être pire que la mienne et inversement... Je sais que tu dois en souffrir beaucoup mais en tout cas on peut dire que tu as survécu à tout ça et que peut-être qu'un jour, le regard d'une personne sur toi sera sincère...

Origine

Miska a dit…

Heureusement il y a plus de personnes sincères que ce que l'on croit...!